Biographie (1685-1745)

Pierre-François Guyot-Desfontaines1, ancien jésuite, obtint une cure à Thorigny en Normandie en 1715. Désireux de poursuivre une carrière d’hommes de lettres, il publia une ode, « Sur le mauvais usage qu’on fait de sa vie », avant de traduire les Psaumes bibliques en vers. Suite à l’échec relative de ses incursions poétiques, Desfontaines s’orienta vers une carrière de critique et prit, en 1724, la direction du Journal des Sçavans. En août de la même année, l’abbé Théru l’accusa publiquement d’organiser des « parties de débauche2 » avec de jeunes hommes qu’il aurait tenté de séduire en leur montrant des gravures obscènes. Voltaire prit cependant la défense de Desfontaines et l’homme de lettres ne fut guère inquiété. L’abbé entreprit alors la rédaction d’ouvrages critiques et polémiques. Les Voyages de Gulliver furent sa première traduction depuis l’anglais, langue qu’il confessait piètrement maîtriser dans sa préface.

Il traduisit, également en 1727, l’Essai sur la poésie épique de Voltaire, que le philosophe avait rédigé en anglais. Cette version servit de fondement à celle remaniée par l’auteur en 1732. Cependant, les deux hommes se brouillèrent définitivement lorsque Desfontaines jugea sévèrement les tragédies de Voltaire, entamant par-là une longue série de pamphlets et de libelles. La popularité de l’abbé fut endommagée par cette querelle, mais il poursuivit malgré tout son activité traductive, publiant notamment une traduction des versions homériques de l’ami de Swift Alexander Pope, Joseph Andrews de Fielding, un ouvrage faussement attribué à Swift, ainsi que quelques ouvrages d’histoires et l’Énéide de Virgile comme les Odes d’Horace. 

1. Gravure de Charles Devrits, in BARATTE, Louis-Henri, Poètes normands : portraits gravés depuis les originaux les plus authentiques, Paris, Amédé Bedelet, 1845. Image du domaine public.
2. RAVAISSON, François, Archives de la Bastille, t. 12, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 1881, p. 102-3 


Bibliographie de ses traductions

Pseaumes, Bible, Latin, Rouen, Michel Lallemant, 1717.
La Boucle de cheveux enlevée, Alexander Pope [1712], Anglais, Paris, François Le Breton, 1728. Autre traducteur : Le Valoit de Villette de Murçay.
Histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu’à la translation de l’empire par Constantin, Laurence Echard [1707-20], Anglais, Paris, V. Coustelier & J. Guérin, 1728.
Essai sur la poésie épique, Voltaire [1727], Anglais, Paris, Chaubert, 1728.
Essai sur la vie et les ouvrages d’Homère [traduction de la traduction d’Homère par Pope], Alexander Pope [1713-25], Paris, G. Martin, 1728.
Le Grand mistere, ou l’Art de méditer sur la garderobe, faussement attribué à Swift, Anglais, La Haye, J. Van Duren, 1729.
Histoire universelle, Jacques-Auguste de Thou [1593-1607], Latin, Paris, 1734.
Explication abrégée des coutumes et cérémonies observées chez les Romains, Willem Hendri Nieupoort [1712], Latin, Paris, J. Desaint, 1741.
État de la medecine ancienne et moderne, Francis Clifton [1732], Anglais, Paris, Quillau, 1742. Autre traducteur : Cantwel.
Histoire du détrônement d’Alfonse VI, roi de Portugal, Robert Southwell, Thomas Carte [1740], Anglais, Paris, David fils, 1742.
Les Avantures de Joseph Andrews et du ministre Abraham Adams, Henry Fielding [1742], Anglais, Londres, A. Millar, 1743.
OEuvres, Virgile, Latin, Paris, Quillau Père, 1743.
Odes, Horace, Latin, Berlin, 1754. 

Pour la liste complète des ouvrages publiés par Desfontaines, nous renvoyons à la bibliographie établie par Benoît Léger dans sa thèse : « Une fleur des païs étrangers : Desfontaines traducteur au XVIIIe siècle », op. cit