LÉGENDE

Les informations sont indiquées dans l’ordre suivant : numéro de l’interpolation, interpolation de Desfontaines supprimée chez Furne & Fournier (date, volume, numéro de page chez Swift), (date, numéro de page chez Desfontaines), (date, numéro de page chez Furne & Fournier), catégorie et sous-catégorie de l’interpolation.

1

dont la science est trop semblable à celle des Procureurs (1726, I., p. 3, 1727, p. 3, 1838, p. 5)
opinion

2

cordons plus fins que mes cheveux même (1726, I., p. 9, 1727, p. 9, 1838, p. 9)
vraisemblance, explicitation 

3

c’est-à-dire, par un petit nombre de signes (1726, I., p. 12, 1727, p. 12, 1838, p. 13) 
vraisemblance, explicitation 

4

selon les règles de l’art (1726, I., p. 12, 1727, p. 12, 1838, p. 13)  
vraisemblance, explicitation 

5

comme plusieurs autres avoient osé faire (1726, I., p. 22, 1727, p. 18, 1838, p. 22) 
bienséance, moralité

6

d’un homme prodigieusement grand (1726, I., p. 33, 1727, p. 25, 1838, p. 29) 
vraisemblance, explicitation

7

éternué pendant deux heures, & l’autre pendant sept minutes (1726, I., p. 38, 1727, p. 30, 1838, p. 34) vraisemblance, explicitation

8

Il y avoit autrefois bon Opera & bonne Comedie ; mais faute d’Auteurs excités par les liberalités du Prince, il n’y a plus rien qui vaille. (1726, I., p. 67, 1727, p. 52, 1838, p. 55)  
bienséance, moralité

9

car on leur apprend aussi les sciences et les belles lettres. (1726, I., p. 105, 1727, p. 83, 1838, p. 85) 
bienséance, moralité

10

Les Lilliputiens sont persuadés, autrement que nous ne le sommes en Europe ; que rien ne demande plus de soin et d’application que l’éducation des enfants. Il est aisé, disent-ils, d’en faire ; comme il est aisé de semer et de planter. Mais de conserver certaines plantes, de les faire croître heureusement, de les défendre contre les rigueurs de l’hiver, contre les ardeurs et les orages de l’été, contre les attaques des insectes, de leur faire enfin porter des fruits en abondance ; c’est l’effet de l’attention et des peines d’un jardinier habile. Ils prennent garde que le Maître ait plutôt un esprit bien fait qu’un esprit sublime, plutôt des moeurs que de la science. Ils ne peuvent souffrir ces Maîtres, qui étourdissent sans cesse les oreilles de leurs Disciples, de combinaisons grammaticales, de discussions frivoles, de remarques puériles, et qui pour leur apprendre l’ancienne Langue de leur Pays (qui n’a que peu de rapport à celle qu’on y parle aujourd’hui) accablent leur esprit de règles et d’exceptions, et laissent-là l’usage et l’exercice, pour farcir leur mémoire de principe superflus et de préceptes épineux. Ils veulent que le Maître se familiarise avec dignité, rien n’était plus contraire à la bonne éducation, que le Pédantisme et le sérieux affecté. Il doit, selon eux, plutôt s’abaisser que s’élever devant son Disciple, et ils jugent l’un plus difficile que l’autre, parce qu’il faut souvent plus d’effort et de vigueur, et toujours plus t’attention, pour descendre sûrement, que pour monter. Ils prétendent que les Maîtres doivent bien plus s’appliquer à former l’esprit des jeunes gens pour la conduite de la vie, qu’à l’enrichir de connaissances curieuses, presque toujours inutiles. On leur apprend donc de bonne heure à être sages et philosophes, afin que dans la saison même des plaisirs, ils sachent les goûter philosophiquement. N’est-il par ridicule, disent-ils, de n’en connaître la nature et le vrai usage que lorsqu’on y est devenu inhabile, d’apprendre à vivre, quand la vie est presque passée, et de commencer à être homme, lorsqu’on va cesser de l’être ? On leur propose des récompenses pour l’aveu ingénu et sincère de leurs fautes, et ceux qui savent mieux raisonner sur leurs propres défauts, obtiennent des grâces et des honneurs. On veut qu’ils soient curieux, et qu’ils fassent souvent des questions sur tout ce qu’ils voient, et sur tout ce qu’ils entendent, et on punit très sévèrement ceux qui, à la vue d’une chose extraordinaire et remarquable, témoignent peu d’étonnement et de curiosité. On leur recommande d’être très fidèles, très soumis, très attachés au Prince, mais d’un attachement général et de devoir, et non d’aucun attachement particulier, qui blesse souvent la conscience, et toujours la liberté, et qui expose à de grands malheurs. Les Maîtres d’Histoire se mettent moins en peine d’apprendre à leurs élèves la date de tel ou tel événement, que de leur peindre le caractère les bonnes et les mauvaises qualités des Rois, des Généraux d’Armée et des Ministres. Ils croient qu’il leur importe assez peu de savoir, qu’en telle année et en tel mois, telle bataille a été donnée ; mais qu’il leur importe de considérer, combien les hommes ans tous les siècles sont barbares, brutaux, injustes, sanguinaires, toujours prêts à prodiguer leur propre vie sans nécessité, et attenter sur celle des autres sans raison ; combien les combats déshonorent l’humanité, et combien les motifs doivent être puissants, pour en finir à cette extrémité funeste. Ils regardent l’histoire de l’esprit humain comme la meilleure de toutes, et ils apprennent moins aux jeunes gens à retenir les faits, qu’à en juger. Ils veulent que l’amour des Sciences soit borné, et que chacun choisisse le genre d’étude qui convient le plus à son inclination et à son talent. Ils font aussi peu de cas d’un homme qui étudie trop, que d’un homme qui mange trop, persuadés que l’esprit à ses indigestions comme le corps : il n’y a que l’empereur seul qui ait une vaste et nombreuse bibliothèque. A l’égard de quelques particuliers qui en ont de trop grandes, on les regarde comme des ânes chargés de Livres. La Philosophie chez ces peuples est très gaie, et ne consiste pas en ergotismes, comme dans nos Écoles. Ils ne savent ce que c’est que Baroco & Baralipton, que Catégories, que termes de la première et de la seconde intention, et autres sottises épineuses de la Dialectique, qui n’apprennent pas plus à raisonner, qu’à danser. Leur Philosophie consiste à établir des principes infaillibles, qui conduisent l’esprit à préférer l’état médiocre d’un honnête homme, aux richesses et au faste d’un Financier, et les victoires remportées sur ses passions, à celles d’un Conquérant. Elle leur apprend à vivre durement, et à fuir tout ce qui accoutume les sens à la volupté, tout ce qui rend l’âme trop dépendante du corps, et affaiblit sa liberté. Au reste, on leur représente toujours la vertu, comme une chose aisée et agréable. On les exhorte à bien choisir leur état de vie, et on tâche de leur faire prendre celui qui leur convient le mieux, ayant moins d’égard aux facultés de leurs parents, qu’aux facultés de leur âme, en sorte que le fils d’un Laboureur est quelquefois Ministre d’État & le fils d’un Seigneur est Marchand. Ces Peuples n’estiment la Physique et la Mathématique, qu’autant que ces Sciences sont avantageuses à la vie, et au progrès des Arts utiles. En général, ils se mettent peu en peine de connaître toutes les parties de l’Univers, et aiment moins à raisonner sur l’ordre et le mouvement des corps Physiques, qu’à jouir de la Nature, sans l’examiner. A l’égard de la Métaphysique, ils la regardent comme une source de visions et de chimères. Ils haïssent l’affectation dans le langage, et le style précieux, soit en prose soit en vers, et ils jugent qu’il est aussi impertinent de se distinguer par sa manière de parler, que par celle de s’habiller. Un Auteur qui quitte le style pur, clair et sérieux, pour employer un jargon bizarre et guindé, et des métaphores recherchées et inouïes, est couru et hué dans les rues, comme un masque de Carnaval. On cultive parmi eux le corps et l’âme tout à la fois, parce qu’il s’agit de dresser un homme, et que l’on ne doit pas former l’un sans l’autre. C’est, selon eux, un couple de chevaux attelés ensemble qu’il faut conduire à pas égaux. Tandis que vous ne formez -disent-ils) que l’esprit d’un enfant, son extérieur devient grossier et impoli : tandis que vous ne lui formez quel corps, la stupidité et l’ignorance s’emparent de son esprit. Il est défendu aux Maîtres de châtier les enfants par la douleur, ils le font par le retranchement de quelque douceur sensible, par la honte, et surtout par la privation de deux ou trois leçons ; ce qui les mortifie extrêmement, parce qu’alors on les abandonne à eux-mêmes, et qu’on fait semblant de ne les pas juger dignes d’instruction. La douleur, selon eux, ne sert qu’à les rendre timides, défaut très-préjudiciable, et dont on ne guérit jamais. (1726, I., p. 106, 1727, p. 83-9, 1838, p. 85. Figure cependant en annexe au voyage à Lilliput.) 
bienséance, moralité

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